Le 59e Festival de Cannes du 17 au 28 mai 2006
 
Photographies par Thierry Chabanis

 
 
    
Claudia Schieffer
 
 

Zhang Ziyi

Marie Gillain

Tim Burton

Adriana Karembeu

Penélope Cruz

K. Dunst & S. Coppola

Julie Gayet

Frédérique Bel

Jean Rochefort

Kristen Dunst

Marion Cotillard

"Quand j'étais chanteur"

Emmanuelle Seigner

Emmanuelle Béart

Sharon Stone

Noémie Lenoir

"Comme t'y es belle"

Bérénice Béjo

Keanu Reeves

Ken Loach

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La conférence de presse du Jury à la veille de la compétition.



Sur leur fonction de Juré :

L'actrice anglaise Helena Bonham Carter : "(...), être membre du Jury permet d'avoir un nouveau regard sur les films. En tant que Jurés, nous nous retrouvons en situation de pouvoir, alors qu'en tant qu'acteurs, le rapport de forces est en notre défaveur. Là, nous allons être courtisés. Ca va être amusant. Pour aboutir à un jugement équitable, le mieux est de se fier à son propre instinct."

L'actrice italienne Monica Bellucci : "C'est ma première expérience de membre d'un jury et c'est une lourde responsabilité lorsqu'il s'agit d'exercer cette fonction dans le plus grand festival du monde. Je vais tâcher de faire preuve d'humilité dans mon jugement."

La réalisatrice argentine Lucrecia Martel : "J'espère un débat intéressant, car les décisions du Jury peuvent changer la vie des lauréats."

L'acteur américain Samuel L. Jackson : "Être Juré a une signification très importante pour moi. On a l'impression d'avoir droit de vie ou de mort sur les films, notre jugement peut constituer un tremplin pour lancer une carrière. Durant ces deux semaines, nous comparerons nos idées et nos sentiments sur les films afin d'aboutir à des décisions qui seront bien acceptées par l'ensemble du Jury."

Le réalisateur palestinien Elia Suleiman : "C'est un grand privilège d'être Juré à Cannes. Pour ma part, je suis très nerveux, très anxieux. Mais à partir de demain, je vais me détendre."

Le réalisateur français Patrice Leconte : "J'espère juste que nos choix ne tomberont pas dans ce que j'appelle le "syndrome de la cage d'escalier". Une configuration dans laquelle une copropriété doit repeindre une cage d'escalier et décide que la couleur sera beige, car personne n'a réussi à se mettre d'accord. J'espère que notre palmarès, lui, aura de la couleur."

Wong Kar Wai sur son statut de premier Président chinois du Jury dans l'histoire du Festival de Cannes :

"C'est un honneur pour moi mais aussi pour mes collègues réalisateurs en Chine et en Asie. C'est un moment très heureux pour nous. Mais je suis avant tout un Juré comme un autre."

Wong Kar Wai sur le processus de décision :

"Cette année, nous devons ouvrir tout grand nos fenêtres pour rechercher de l'air frais dans le cinéma mondial. Notre objectif, c'est d'être amoureux des films qui nous sont présentés, au point qu'ils nous engagent, nous émeuvent et nous grandissent. Chacun va lutter pour défendre le film qu'il aime. Notre palmarès devra être aussi clair qu'un miroir, avec le moins de distorsions possibles dans le jugement des oeuvres. J'espère que les anges vont nous regarder !"




"Le Vent se Lève" de Ken Loach


Grand habitué de la Croisette avec pas moins de douze films présentés en compétition (Hidden Agenda, Raining Stones, tous deux lauréats du Prix du Jury...), dans le cadre d'Un Certain Regard (The Gamekeeper) ou en section parallèle (Kes, Black Jack...), Ken Loach nous revient cette année avec Le Vent se Lève, un drame interprété par la nouvelle coqueluche du cinéma britannique, Cillian Murphy. Passionné d'histoire, comme le démontre son Land and Freedom sur la Guerre d'Espagne, et préoccupé par la question irlandaise, qu'il a évoquée à travers le film policier Hidden Agenda, le cinéaste anglais, observateur du réel, allie cette fois-ci ces deux centres d'intérêt pour nous plonger au coeur d'une guerre d'indépendance qui débuta en 1916 et aboutit en 1920 à une guerre civile sur le sol irlandais. Dans ce contexte tumultueux, deux frères, Damien (Cillian Murphy), qui a abandonné sa carrière de médecin par sens du devoir et amour de son pays, et Teddy (Pádraic Delaney), s'engagent dans un dangereux combat pour la liberté et contre l'occupant britannique, combat qui ne sera pas sans conséquences sur le lien qui unit les deux jeunes hommes.

"Je ne dirais pas de ce film qu'il est anti-britannique, explique Ken Loach. J'ai envie que les spectateurs voient les personnages au-delà de leur nationalité. Ce n'est pas un film sur les Anglais qui tabassent les Irlandais... Les gens ont beaucoup plus de points communs avec des étrangers de la même condition sociale qu'avec, disons, ceux qui sont au sommet de leur échelle sociale. Vous pouvez arguer que nous avons tous le devoir de nous opposer aux erreurs et aux violences perpétrées par nos dirigeants, ceux d'hier comme ceux d'aujourd'hui. Loin d'être une démarche antipatriotique, bien au contraire, c'est une obligation à laquelle nous ne pouvons nous soustraire."


Extraits de la conférence de presse.

Les acteurs sur le devoir de mémoire :

Cillian Murphy : "Dans la ville irlandaise de Cork, dont je suis originaire, j'ai souvent entendu parler de ces histoires qui ont marqué nos familles et qui les ont divisées. On a tous de lointains parents qui se sont engagés dans cette lutte pour l'indépendance. Pour ma part, c'est une affaire que je prends très au sérieux."

Liam Cunningham : "Beaucoup d'actions politiques des partis d'aujourd'hui, en Irlande, ont un lien avec ce qui s'est passé à l'époque. Deux frères qui s'entredéchirent en temps de guerre, c'est toujours d'actualité."

Orla Fitzgerald : "Ces blessures profondes restent vives chez certaines personnes. Il est difficile de faire l'impasse là-dessus."

Pádraic Delaney : "Je viens d'une région agricole d'Irlande où on trouve souvent quelques tombeaux de personnes abattues par l'armée anglaise. On a l'impression que ces fantômes du passé hantent encore nos contrées."

Ken Loach sur ses intentions : "La question irlandaise est un sujet guère attirant en Grande-Bretagne. Il faut croire que les gens n'ont pas envie d'en entendre parler. Pourtant, c'est une histoire exceptionnelle, dont on peut puiser des conclusions pour d'autres conflits. Je n'ai pas voulu faire un film anti-britannique mais un film critiquant la mauvaise gestion de la crise par le gouvernement de l'époque."

Ken Loach sur l'actualité des thèmes évoqués par le film : "La lutte pour l'indépendance d'un pays est devenue un thème récurrent du cinéma. C'est toujours le bon moment pour en parler, car il y a toujours des armées d'occupation quelque part, auxquelles des gens résistent. Et je n'ai pas besoin de préciser dans quel endroit la Grande-Bretagne a actuellement, et illégalement, une armée d'occupation."




"Volver" de Pedro Almodóvar


Dans ce film, Pedro Almodóvar se penche sur ses racines et dresse le portrait de trois générations de femmes confrontées à la folie, le mensonge, la superstition et même la mort. Il y a Raimunda (Penélope Cruz), mariée à un chômeur, et sa fille de quatorze ans ; Sole (Lola Dueñas), sa soeur qui gère un salon de coiffure à son domicile ; et leur mère (Carmen Maura) disparue quelques années plus tôt dans un incendie. Cette dernière réapparaît un jour et semble avoir des comptes à régler avec ses filles...

Pedro Almodóvar revient sur la thématique de son nouveau film : "J'ai l'impression, et j'espère que ce n'est pas un sentiment passager, que j'ai réussi à emboîter une pièce manquante (dont l'absence, tout au long de ma vie, m'a apporté beaucoup de souffrance et d'anxiété, je dirai même que ces dernières années elle a empoisonné mon existence, en la dramatisant à outrance). Cet élément dont je parle c'est "la mort", pas seulement la mienne et celle des êtres que j'aime, mais la disparition inéluctable de tout ce qui est vivant. Je n'ai jamais pu l'accepter, ni la comprendre. Et cela provoque un état d'angoisse devant la fuite à chaque fois plus rapide du temps."


Extraits de la conférence de presse.

Pedro Almodóvar sur les thèmes de Volver :

"Ce film est mon retour le plus profond qui soit à mes origines. C'est un thème qui me touche. J'ai ressenti quelque chose de vraiment particulier, c'est une sorte de réconciliation avec mes racines. Je suis né dans La Mancha, j'ai vécu à Madrid, j'ai beaucoup voyagé, mais ce film avant tout m'a réconcilié avec ma jeunesse. (...) Dans Volver, je parle de femmes qui étaient autour de moi quand j'étais enfant. J'ai été élevé par des femmes. Les hommes étant aux champs, je ne les voyais pratiquement jamais. Volver parle de la manière dont j'ai grandi, en écoutant ces femmes. Je les entendais chanter lorsque j'allais au bord de la rivière avec ma mère ; je l'accompagnais dès mon plus jeune âge. C'est comme ça que j'ai beaucoup appris sur l'art dramatique, il y a beaucoup de rôles que j'ai écrits qui s'inspirent de mes soeurs ou de ma mère, des personnages bien ancrés dans la réalité, même s'ils appartiennent à la fiction. Ce sont des personnages qui content des histoires extraordinaires, ce qui m'a toujours beaucoup impressionné."

Penélope Cruz sur la vision artistique de Pedro Almodóvar :

"Tout le monde lui a toujours dit qu'il comprenait, jusqu'à l'âme, les femmes. Dans ce cas présent, cette énergie-là, très féminine, était absolument essentielle pour le film. Il est très surprenant de voir comment il observe, comme il sait ce que l'on ressent. Il y a beaucoup de choses qu'il ne sait pas sur moi, des secrets que je lui cache. Je me rends compte cependant qu'il sait tout, même avant que je ne l'exprime. Il a un oeil particulier, il est tout à fait surprenant de constater à quel point il comprend chaque trait des femmes. Je ne comprends pas comment il peut voir autant de choses... Il a en plus le courage de nous montrer ce qu'il voit, et sans juger d'ailleurs. Il est incroyable."




"Les Lumières du Faubourg" d'Aki Kaurismäki


Avec Les Lumières du Faubourg, le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki s'invite pour la troisième fois en compétition cannoise après Au Loin s'en Vont les Nuages en 1996 et L'Homme Sans Passé, Grand Prix en 2002. Ce nouveau long-métrage clôt d'ailleurs la "trilogie des perdants" entamée avec les deux oeuvres citées plus haut. Alors qu'Au Loin s'en Vont les Nuages abordait le thème du chômage et que L'Homme Sans Passé traitait de la pénurie de logement, Les Lumières du Faubourg parle de la solitude en suivant le cruel quotidien d'un taciturne veilleur de nuit incarné par Janne Hyytiäinen.

Le réalisateur Aki Kaurismäki, au sujet de son personnage principal, explique : "A l'instar des personnages de vagabond qu'affectionnait Chaplin, le personnage principal, Koistinen, arpente le pavé à la recherche d'une petite place au soleil, mais l'indifférence générale et la mécanique sans visage de la société s'acharnent à briser ses modestes espoirs les uns après les autres. (...) Heureusement pour lui, l'auteur du film a la réputation d'être un vieil homme au coeur tendre, on peut donc espérer qu'une étincelle d'espoir illuminera la scène finale."


Extraits de la conférence de presse.

Aki Kaurismäki sur le choix de musiques anciennes :

"Je vais laisser parler le petit producteur qu'il y a en moi. Il faut savoir que plus les musiques sont anciennes, moins elles sont chères. Les musiques sont également présentes pour couvrir les dialogues qui sont mauvais. Et s'il est fait mention au tango dans mon film, c'est parce que cette musique est née en Finlande et qu'elle a ensuite été exportée en Argentine."

Aki Kaurismäki sur la référence à la littérature russe dans son film :

"Il faut trente ans pour lire toute la littérature russe. Dans mon film, je l'ai résumée en quelques phrases. Si vous écoutez bien les dialogues, vous connaîtrez tout de cette littérature. Mais je sais que je n'ai pas raison."

Les acteurs sur la façon de diriger d'Aki Kaurismäki :

Maria Järvenhelmi : "Avec Aki, il est interdit de jouer comme un acteur. Il nous demande simplement d'exprimer quelques mots, quelques phrases. Aki a une vision très claire de ce qu'il veut qu'on fasse. Il n'y a pas de discussion préalable sur la manière de tourner telle ou telle scène. Il nous dirige qu'après le tournage. Le scénario est si bien écrit que la moitié du travail de préparation est déjà faite."

Janne Hyytiäinen : "Sa façon de nous diriger se résume à une phrase : "Assieds-toi à cette table et dis quelque chose". Avec lui, c'est toujours bon dès la première prise. Il n'y a eu qu'une fois une deuxième prise, car j'avais improvisé. Le scénario comportait beaucoup de descriptions concernant les personnages, nous n'avions qu'à nous y conformer."

Ilkka Koivula : "Nous, acteurs, nous ne sommes que des bateaux perdus dans la mer, et Aki est un phare très lumineux qui nous sert de guide."

Aki Kaurismäki sur son rapport aux chiens :

"Ce n'est pas moi qui dirige les chiens, c'est ma femme. En général, elle vient me voir pour me faire remarquer qu'il n'y a pas de rôle pour un chien dans mon film, et, à sa demande, j'en écris un."

Aki Kaurismäki sur l'influence de Charlie Chaplin :

"Charlie Chaplin est très souvent considéré comme le meilleur comédien de tous les temps. Or on a la fâcheuse habitude d'oublier qu'il a été et reste le meilleur réalisateur du monde. Dans la même scène, il est capable d'insuffler à la fois le rire et la tristesse. Son cinéma ne peut que m'influencer."




"Babel" de Alejandro Gonzáles Iñárritu


Le point de départ du film est le retentissement d'un coup de feu au Maroc, coup de feu déclenchant une série d'évènements, qui ont des conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes impliqués.

Le titre Babel fait référence à la célèbre tour mentionnée dans la Bible et qui fut construite par une humanité unie pour atteindre le paradis. Cette entreprise provoqua la colère de Dieu, qui pour les séparer, fit parler à chacun des hommes impliqués une langue différente, mettant ainsi fin au projet et répandant sur la Terre un peuple désorienté et incapable de communiquer.

"Avec Babel, explique Alejandro Gonzáles Iñárritu, j'ai voulu explorer la contradiction entre l'impression que le monde est devenu tout petit en raison de tous les outils de communication dont nous disposons, et le sentiment que les humains sont toujours incapables de s'exprimer et de communiquer les uns avec les autres au niveau fondamental."


Extraits de la conférence de presse.

Alejandro Gonzáles Iñárritu sur le message du film :

"Je ne sais pas s'il s'agit d'un instantané du monde. J'essaie de montrer ce qui se passe en nous. Nous considérons toujours "l'autre" comme une menace si on n'arrive pas à le comprendre. Cela concerne les pays mais aussi un père et son fils ou des époux. Nous ne sommes plus capables d'écouter. Le thème s'articule autour des idées préconçues, de nos préjugés, de tous ces archétypes qui nous viennent de la religion, de la race, de la culture. J'ai essayé de les mettre en exergue sans en être victime moi-même."

Cate Blanchett sur sa vision du film :

"Dans ce film, il est surtout question des liens entre les parents et les enfants. Je pense que beaucoup d'entre nous sont sensibles à ce thème. C'était une expérience très intime, très personnelle, tout comme pour Alejandro. En tant que parent, à chaque fois que je vois un enfant en danger, cela m'interpelle profondément."

Cate Blanchett sur son travail avec Brad Pitt :

"Il est merveilleux. C'est comme du chocolat, il est formidable. On voulait travailler ensemble depuis longtemps. Et puis, c'est arrivé presque de manière inattendue. C'était vraiment agréable de travailler avec lui et avec Alejandro. A mon avis, la scène où Brad téléphone à ses enfants est la plus émouvante jamais vue au cinéma."

Alejandro Gonzáles Iñárritu sur son attrait pour les coïncidences de la vie :

"Il me semble que le lien que je veux créer entre mes personnages n'est pas physique, ni fondé sur l'intrigue. Ce qui nous rend heureux est très différent selon les êtres humains ; cela dépend de la culture ou de la race. Nous partageons plus les choses qui nous rendent misérables ou tristes. Je parle de l'impossibilité de l'amour, cette incapacité d'en être touché et de l'exprimer. C'est l'une des choses les plus pénibles que peut connaître un homme. On est extrêmement vulnérable à travers les êtres que nous aimons. Parallèlement, ce phénomène nous rassemble. Ces liens qui existent dans Babel tournent autour de cette idée à différents niveaux, quelque soit leur culture ou leur pays d'origine, leur religion, leur âge, leur classe sociale... Tous ces personnages souffrent de leur incapacité à entrer en contact avec autrui : époux, enfants ou frontières. (...) Tout tourne autour de ce besoin d'être touché, lorsque les mots ne fonctionnent plus. Il ne peut pas y avoir de mensonge par ce moyen de communication. Il s'agit d'un film sur les êtres humains et non sur les Marocains, les Mexicains ou les Américains."




"Marie-Antoinette" de Sofia Coppola


Pour Marie-Antoinette, la réalisatrice Sofia Coppola retrouve Kirsten Dunst - déjà au générique de Virgin Suicides présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 1999 -, et lui donne le rôle-titre de la célèbre épouse autrichienne de Louis XVI dans un biopic très personnel et bercé par la musique pop rock d'aujourd'hui.

Sofia Coppola, qui, avec Marie-Antoinette, continue de mettre en scène des jeunes femmes isolées et incomprises, évoque ce qui l'a amené à traiter cette figure historique : "Pour moi, Marie-Antoinette restait, avant tout, le symbole d'un style de vie totalement décadent. Je ne me rendais pas compte à quel point ces gens, qui étaient appelés à gouverner un pays, n'étaient en fait que de jeunes adolescents. Le quotidien au Château de Versailles, c'est donc aussi, pour ces adolescents, une forme d'apprentissage dans un environnement tendu et difficile. C'est cette position et la complexité du personnage de Marie-Antoinette qui m'ont intéressée."


Extraits de la conférence de presse.

Sofia Coppola sur la musique du film :

"J'ai souhaité mélanger musique du XVIIIème siècle et musique contemporaine. Je trouve que le mélange provoque une certaine qualité émotionnelle tout au long du film. Pour la scène où Marie-Antoinette arrive au bal masqué, enthousiaste, je trouve par exemple que la musique retranscrit bien ses émotions. La musique permettait de donner une vraie modernité à l'histoire."

Sur le personnage de Marie-Antoinette :

Sofia Coppola : "Avant que je n'aborde ce film, Marie-Antoinette était pour moi le symbole de la décadence. J'ai fait beaucoup de recherches, j'ai lu beaucoup de livres la concernant afin de mieux comprendre son expérience humaine. Elle a eu une destinée incroyable en arrivant en France à l'âge de quatorze ans seulement, en se voyant propulsée à la Cour de Versailles. C'est un personnage très intéressant, avec de multiples facettes. Je voulais me concentrer sur la facette la plus personnelle de cette figure historique. Et je voulais faire ressortir une énergie adolescente du film, car ces personnages étaient des gamins."

Kirsten Dunst : "C'est une femme moderne pour son époque. J'ai trouvé intéressant de l'incarner, car Sofia Coppola nous donne la liberté d'être simplement ce que nous sommes, et pas juste de nous limiter à jouer un personnage. Et puis j'ai trouvé cette expérience sensuelle, viscérale. Pour interpréter Marie-Antoinette, je suis allé chercher des choses personnelles, plutôt que de me pencher sur le passé."

Marianne Faithfull sur son personnage de Marie-Thérèse d'Autriche :

"C'est un personnage aux multiples facettes, un monstre dans un certain sens. Elle n'a pas préparé Marie-Antoinette à son rôle de Reine de France. Et puis je trouve qu'elle est sans doute la personne la moins décadente du film. C'est plutôt cocasse que ce soit moi qui l'incarne !" (rires)

Aurore Clément sur le rapprochement de la Cour de Versailles avec Cannes :

"J'ai beaucoup parlé avec Sofia, et je m'aperçois qu'elle s'est beaucoup inspirée de Cannes pour la Cour de Versailles. Cannes, c'est la jet-set, comme Versailles. A Cannes, tout le monde recherche des invitations, veut aller à des soirées, veut être reconnu. Et c'est, en quelque sorte, la même chose à Versailles."




"Indigènes" de Rachid Bouchareb


Indigènes rappelle le rôle essentiel qu'ont joué des dizaines de milliers de tirailleurs, goumiers et tabors algériens, marocains et tunisiens dans la libération de la France en 1944-1945. Pour ce faire, le réalisateur Rachid Bouchareb a réuni devant sa caméra une jolie distribution composée de Jamel Debbouze, qui s'est également impliqué dans cette aventure cinématographique comme coproducteur, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Samy Naceri. Tous incarnent ces héros que l'Histoire de France a oubliés, ces "Indigènes" qui se sont engagés à terrasser l'ennemi nazi pour libérer "la mère patrie". Après avoir vaincu en Italie, en Provence et dans les Vosges, ces soldats qui nous sont présentés dans le film se retrouvent seuls à défendre un village alsacien contre un bataillon allemand.


Extraits de la conférence de presse.

Les acteurs sur leurs motivations à jouer dans ce film :

Roschdy Zem : "Avec Rachid, on avait déjà travaillé plusieurs fois ensemble, sur trois films exactement. Ce projet, il l'avait déjà en tête au moment de tourner Little Senegal, il m'en avait parlé et je n'ai pas attendu d'avoir un scénario entre les mains pour accepter de faire partie de l'aventure. L'idée me paraissait formidable et donner la réplique aux acteurs qui étaient pressentis, c'était pour moi un cadeau que je me devais d'accepter."

Sami Bouajila : "Il y avait quelque chose de fédérateur au-delà de l'idée de faire revivre un pan de l'histoire, c'était de nous réunir enfin à l'écran et de partir d'un passé que nous avions en commun. On se connaissait déjà et on avait envie de tourner ensemble."

Samy Naceri : "Un jour, j'ai eu rendez-vous avec Rachid au café d'en bas. Ce petit homme a commencé à me parler de la guerre 39-45, des tirailleurs sénégalais, des goumiers. Je n'en avais jamais entendu parler à l'école, je ne savais pas que des Pieds Noirs, des Juifs, des Maghrébins avaient défendu la France. J'ai cru que Rachid allait se planter avec un tel projet, mais deux ans plus tard il est revenu vers moi avec un scénario. Et là, j'ai pris une leçon d'histoire. Je me suis beaucoup investi dans ce film au point d'apprendre l'Arabe. J'ai littéralement foncé dans cette histoire. Ce n'est pas un film revanchard, ni politique. Mais il faut qu'on sache à l'école que ces Africains du Nord ont été les premiers à tomber sous les balles allemandes pour la libération de Marseille, de Toulon et de la Corse."

Jamel Debbouze : "Ce projet tenait très à coeur à Rachid, j'ai vu que c'était quelque chose de viscéral chez lui. Il cherchait à exorciser quelque chose avec ce film. Pour ma part, je ne connaissais pas très bien cette page de l'Histoire. J'ai été vraiment touché par la démarche de Rachid. Ce projet n'aurait pas été envisageable il y a quelques années, maintenant c'est possible de faire un film sur un tel sujet (...) D'un côté, on trouve des budgets à plusieurs millions d'euros pour produire des comédies dans lesquelles on veut me voir glisser sur des peaux de banane et d'un autre, je vois qu'un projet comme celui qu'a porté Rachid est sans arrêt revu à la baisse. La France a encore du mal à revenir sur son propre passé."

Rachid Bouchareb sur les intentions de son film :

"Je suis d'origine algérienne mais je me sens profondément français. Si j'ai fait ce film, c'est pour montrer qu'on fait partie intégrante de l'Histoire de France, que nous appartenons au passé de ce pays. Ce film est porteur d'une sensibilité qui prend de l'énergie et de la force dans le cinéma historique. Il a pour but d'élargir l'Histoire de France en ouvrant un nouveau chapitre. C'est notre Marie-Antoinette (...) Je suis très fier de le présenter ici, au bord de la Méditerranée. C'est ça le plus important pour moi, ce n'est pas de recevoir un prix."




"Quand j'étais Chanteur" de Xavier Giannoli


Ce film ne raconte pas "l'histoire d'un chanteur mais d'un homme qui est chanteur, et de sa rencontre avec une jeune femme" (dixit le cinéaste). Ainsi, Gérard Depardieu incarne Alain, un chanteur de bal cinquantenaire qui fait aussi les comités d'entreprise et les inaugurations. Il a les cheveux teints et est mondialement connu à Clermont-Ferrand. La chanson était toute sa vie jusqu'à ce qu'il fasse la connaissance de Marion, une demoiselle incarnée par Cécile de France...


Extraits de la conférence de presse.

Sur leur incursion dans cet univers de bals populaires :

Cécile de France : "Je me suis rendue à Clermont-Ferrand avec mes a priori de Parisienne, ces bals populaires n'appartenaient pas à ma culture. Et finalement, j'ai trouvé ce petit monde magnifique, tous ces gens qui dansent ensemble, qui sont bien ensemble, ça me paraissait beau."

Xavier Giannoli : "En tant que Parisien, je ne connaissais rien de ce monde-là. A Clermont-Ferrand, les gens ne dansent pas sur de la techno, ils se retrouvent dans des endroits de ce type pour se rencontrer. Il y avait un tissu humain intéressant à explorer ainsi qu'une esthétique que l'on a peu vue au cinéma."

Xavier Giannoli sur les intentions du film :

"C'est vachement confortable d'être dans le cynisme, la méchanceté, l'ironie. C'est un tic de la modernité qui m'agace (...) Avec ce film, je n'ai pas souhaité porter un regard "social" sur cet univers de bals. Ce qui m'intéressait, c'était de voir la dignité et la beauté qui s'en dégageaient."

Gérard Depardieu sur son personnage de chanteur de bal :

"C'est quelqu'un qui chante pour faire plaisir et faire danser les gens. En France, tous les samedis soirs ou les dimanches après-midi, il y a des thés dansants, des bals populaires où des gens aiment entendre des chansons qui leur font du bien (...) Jouvet disait : "la diction entraîne le sentiment". Et bien c'est pareil pour la chanson. Les chanteurs ne peuvent pas faire preuve de dérision lorsqu'ils chantent, car ils ne parviendraient en aucune manière à tenir la note."

Cécile de France sur le personnage de Marion :

"C'était très excitant de jouer ce rôle. Dès la première prise, je suis allée chercher la grâce et le mystère au fond de moi. C'est la première fois que j'incarnais un personnage qui porte en lui un secret aussi lourd. J'étais touchée que l'on me fasse confiance pour un tel rôle. J'ai pu explorer un univers nouveau et toucher à quelque chose de délicat, de fin et de précieux."

Gérard Depardieu sur le chant :

"Chanter est un art délicat. Jeune, je me suis lancé sur une scène ivre mort, pour me donner du courage, puis ivre d'amour avec une merveilleuse haleine. Mais le plus difficile pour moi, ça a été de danser le madison." (rires)

Gérard Depardieu sur la tendresse de son personnage :

"Je suis ravi d'avoir trouvé un rôle aussi tendre. Cet homme essaie tout simplement de dire sa propre vérité. Des personnages de ce type à jouer se font rares. Ici, je n'avais rien d'autre à faire qu'à être moi-même et à prendre du plaisir."

Gérard Depardieu sur la notion de sentimentalisme :

"Je ne comprends pas l'idée qui veut que les gens fuient le sentimentalisme et la théâtralité. Il y a de l'honnêteté à montrer ces sentiments qui sont nobles. C'est le cas pour Cyrano. Quand j'étais petit, ma mère lisait des romans-photos et ça m'a amené à la lecture. J'aime être au premier degré du sentiment, ce qui est grave c'est quand on se vautre dedans."




"Le Labyrinthe de Pan" de Guillermo del Toro


Espagne 1944. La guerre civile est finie depuis 5 ans.

Carmen, récemment remariée, s'installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l'armée franquiste. Alors que la fillette se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu'elle n'est autre que la princesse disparue d'un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l'a préparé à affronter...

"Le Labyrinthe de Pan, explique Guillermo del Toro, se déroule en pleine période franquiste, et traite donc du fascisme, de son essence même. Pas de manière directe, mais plutôt de façon transversale, quelque peu codée, car j'aime les films qui donnent à réfléchir. A mes yeux, le fascisme est une représentation de l'horreur ultime et c'est en ce sens un concept idéal pour raconter un conte de fée destiné aux adultes. Car le fascisme est avant tout une forme de perversion de l'innocence, et donc de l'enfance. (...) C'est d'ailleurs pour cette raison que le véritable "monstre" est le capitaine Vidal. Un monstre bien réel comparé à ceux qui évoluent dans le labyrinthe. Le fascisme vous consume à petit feu, pas forcément physiquement mais au moins spirituellement.


Extraits de la conférence de presse.

Guillermo del Toro sur ses sources d'inspirations :

"Les couleurs et l'angoisse des tableaux de Goya m'ont servi d'inspiration. Je n'essaye pas de les reproduire dans mon film mais à un moment donné, quand on voit l'homme pâle et les peintures de la salle où il est, cela renvoie à la peinture de Saturne dévorant ses enfants."

Sergi Lopez sur le rôle du Capitaine Vidal :

"Quand un scénario et les dialogues sont bien écrits, quand l'histoire nous prend par la main et quand le rôle est bien défini, c'est assez facile de construire le personnage. Nous avons aussi travaillé avec un ami militaire qui nous a donné quelques indications. C'était très agréable de jouer ce personnage. C'était comme de jouer le grand méchant loup dans "Le Petit Chaperon Rouge"."

Guillermo del Toro sur le personnage d'Ofélia :

"Ofélia est pour moi le personnage le plus courageux du film. Il faut avoir du courage pour être un enfant car on vous dit toujours ce qu'il faut faire et ce qu'il faut penser. Elle part dans ce monde fantastique pour faire face à ce monde réel, et non pour le fuir."




"Le Caïman" de Nanni Moretti


Sorti en Italie en pleine campagne des élections législatives, quelques jours avant la victoire du socialiste Romano Prodi, Le Caïman conte l'histoire d'une jeune cinéaste (incarnée par Jasmine Trinca, comédienne révélée dans La Chambre du Fils) qui ambitionne de réaliser un film sur Silvio Berlusconi et fait appel, pour financer son projet, à un producteur de films de séries Z en crise (Silvio Orlando, vieux complice de Moretti).


Extraits de la conférence de presse.

Nanni Moretti sur ses intentions :

"Je ne cherche pas à être un symbole pour la gauche. (...) Quand je fais un film, je ne pense pas à mon public, ni au public en général. Je suis habité par un sentiment sur le monde qui m'entoure et sur moi-même, et j'essaie d'exprimer ce sentiment le mieux possible. Si on cherche à changer l'opinion du spectateur, à lui faire prendre conscience de quelque chose, on est à peu près sûr de faire un mauvais film. Mon ambition, c'est de faire des bons films, qui sortent un peu des standards."

Silvio Orlando sur sa réaction à la lecture du scénario :

"Il m'a semblé qu'il y avait deux films en un, deux films qui n'avaient pas de rapport l'un avec l'autre : un film politique et un film délicat, poétique, intime. Cette dualité m'a un peu inquiété, mais comme nous disposions de beaucoup de temps, nous sommes parvenus à trouver un équilibre. C'est avant tout un film sur la vie au temps de Berlusconi."



Autres films en compétition :

"Palais d'été" de Lou Ye
"Fast Food Nation" de Richard Linklater
"Selon Charlie" de Nicole Garcia
"Red Road" d'Andrea Arnold
"Les Climats" de Nuri Bilge Ceylan
"Southland Tales" de Richard Kelly
"Flandres" de Bruno Dumont
"La Raison du plus Faible" de Lucas Belvaux
"L'Ami de la Famille" de Paolo Sorrentino
"Juventude em Marcha" de Pedro Costa
"Crónica de una Fuga" d'Israel Adrián Caetano





La conférence de presse du Jury pour le Palmarès


Sur le choix de la Palme d'Or :

Wong Kar Wai : "Parce que le film nous a touché. On savait qu'il y aurait un long débat mais c'est le premier prix que nous avons décidé d'attribuer. Nous avons eu un seul tour dans cette élection et le résultat a été unanime."

Helena Bonham Carter : "Dès le début du Festival, le film de Ken Loach nous a émus d'une façon intense, viscérale, profonde. Il y a eu cinq films sur la guerre dans la Sélection. Non seulement, c'était très intéressant de voir le film de Ken Loach pour en apprendre davantage sur le conflit irlandais, mais ce film m'a aussi permis de comprendre certaines choses que je n'aurais jamais cru pouvoir comprendre et m'a amené à savoir qu'il est possible qu'on puisse se tuer entre frères. C'est un film qui a une humanité extrêmement profonde. Je ne peux expliquer notre réaction autrement."

Tim Roth : "J'ai découvert avec le film de Ken Loach que j'étais toujours enclin à pleurer. D'habitude, je verse une larme discrètement. Là, il m'a pris à la gorge et m'a touché au coeur."

Sur les Prix collectifs d'interprétation :

Wong Kar Wai : "Je pense qu'il s'agit d'une année exceptionnelle pour les acteurs. Avec Volver, comme le titre le suggère, il s'agit de revisiter les films d'Almodovar avec ses actrices qui travaillent avec lui depuis ses premiers films. C'est comme une oeuvre collective. C'est comme une famille et nous avons voulu souligner cet esprit. Même idée avec Indigènes. Il s'agit de quatre soldats qui se battent dans une guerre, et contre le racisme et l'inégalité. Leur performance est complémentaire. C'est une équipe, il ne s'agit pas d'un seul acteur. Ce n'est pas une coïncidence, on a souhaité être symétrique pour ces Prix. Ce sont les films qui nous ont imposé cela."

Samuel L. Jackson : "Nous pensons que tous ces acteurs se complètent. Ils ont joué ensemble et ont pu nous transmettre leur objectif, leur professionnalisme. Ils ont formé une équipe. Nous sommes tout à fait à l'aise à l'idée d'avoir récompensé ces deux groupes de comédiens."

Le mot de la fin de Patrice Leconte :

"Quand nous échangeons, les uns après les autres, des tristesses, des regrets concernant L'Ami de la Famille, Les Lumières du Faubourg et Palais d'Eté, tout ça est vrai. Mais cela ne doit pas donner l'impression que nous n'aimons pas les films que nous avons primés. Car ces films, nous les adorons tous ensemble. Il y a ces films en plus que l'on adore, mais qui n'ont malheureusement pas pu entrer dans le palmarès."



Le Palmarès du 59e Festival de Cannes


 
 
 

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